
Aujourd'hui, jour de Tabaski (Aïd) et de fête au village, à midi, en présence de tous les villageois, un petit manguier a été planté dans ce village, au Mali.

Cette très jolie femme servait le café dans un bar improvisé le long d'une route. C'est avec elle que j'ai appris que son masque de beauté, qui se porte toute la journée, était fait avec la racine d'un arbre reduite en poudre.
C'était une photo, une des premières photos en couleur, que j'ai toujours vue. Nous vivions sous la tente, sur les hautes terres, en mission géologique, au fin fond de Madagascar. Je suis sur les genoux de ma mère. Mon père prend la photo. Au verso, il a écrit : "Andriamena". Je n'avais que ce nom. A Madagascar, personne ne connaissait. Et pourtant, partis à l'aventure, nous avons trouvé ce vieux panneau routier, dans la nuit. "N'y allez pas, c'est dangereux" disaient certains. Nous y sommes allés.
A l'entrée de Brieville, un village minier, le chef des gendarmes nous barre la route. "Où est Andriamina ? Reconnaissez-vous l'endroit, sur cette photo ? Savez-vous qui peut encore se souvenir de cet homme ? (mon père, sur une autre photo)".
On nous emmène à la mine de chrome, sur le plateau. En fait, c'était là, sur ce plateau, notre tente. Mon père a fait les relevés pour cette mine. A l'époque, il n'y avait rien, juste notre tente. Notre Andriamena s'appelle aujourd'hui Brieville. C'est le village qui fut construit bien après, pour héberger les mineurs.
Il fait appeler une célébrité, un extraordinaire vétéran, Monsieur Charles Marcel. Monsieur Charles, presque 80 ans, porte beau, parle haut, se souvient de tout. Il a été cartographe: c'est lui qui a fait tous les relevés cartographiques des cartes géologiques de mon père. Personne ne dit plus rien. Cela semble presque trop incroyable, après tout ce temps. Mais Monsieur Charles ne voit presque plus rien. Il ne peut pas me voir, ni reconnaitre qui que ce soit sur les photos.
Une idée : peut-être le comptoir des chercheurs d'or, à quelques mètres, a-t-il des loupes puissantes de gemmologue ? Nous y allons en file indienne.
Mais il n'y a qu'une faible loupe au comptoir des chercheurs d'or,et même en s'acharnant, Monsieur Charles ne peut pas voir cet homme qu'il a connu et avec qui il a travaillé.

-Oui, bien sûr que je me souviens de Monsieur L.. C'était le seul wasa (blanc) qui jouait au foot avec les gamins du village. Il avait deux filles.

Encore, oui ! Si grands, et pourtant, ils ne sont pas impressionnants, mais rassurants. On m'a raconté que dans le centre de Madagascar se trouve un couple de baobabs que l'on appelle "Les amoureux". Ils ont poussé côte à côte, il y a quelques centaines (?) d'années, se sont entrelacés, ne se sont plus quittés, et n'en sont pas morts étouffés. Le mariage de ce genre de géants est fait pour durer...
Le lémurien vit sous la coupe des femmes (matriarcat). Il a une vie assez tranquille, en couple, assez fidèle, un seul prédateur, le Foussa (en plus de l'homme, bien sûr) et ce que l'on ne vous dit pas, c'est qu'ils sont plus doux que la plus douce des peluches.
Caramel est un lémurien rare de Madagascar, qui a la particularité de marcher en danseuse, en levant les bras ! Cet animal est comme tout le monde : il préfère la compagnie à la solitude. Après un cyclone, il a profité d'un arbre tombé en travers d'une rivière pour rejoindre sans se mouiller les pieds (les lémuriens ont peur de l'eau) les lémuriens d'une réserve, qui vivent sur une île. Il devait certainement s'ennuyer, tout seul dans la forêt. Caramel a aujourd'hui des copains, mais toujours un problème : il n'a pas de femme. Et trouver une lémurienne de son espèce est une chose très compliquée. D'autant qu'il est interdit de prélever des lémuriens sauvages de leur habitat pour les mettre dans une réserve. La propriétaire de cette réserve d'Andasibé (privée) cherche toujours à qui marier Caramel. Si vous entendez parler d'une lémurienne, on ne sait jamais, laissez un commentaire...
Ils n'ont pas de voitures, eux non plus. Ils nous avaient demandé de les ramener à leur caserne depuis le poste de contrôle qu'ils surveillaient, dans une région un peu dangereuse, celle des chercheurs d'or.
Mieux vaut être prêt à avoir le cœur arraché, à Madagascar, par les enfants des rues. Celui-ci, dans une petite ville de province, gai comme un pinson, a poussé la confiance à me montrer où il cachait les billets qu'il mendiait : dans son bonnet. La monnaie malgache est tellement dévaluée que les pièces n'existent plus. Il faut un billet pour faire quelques centimes d'euro.
Ils n'ont pas de véhicules. Comment peuvent-ils alors surveiller les réserves, arrêter les terribles feux de brousses, les voleurs de bois de rose et de palissandre ?
Des personnes se sont succédées sur la banquette arrière de notre 4x4 en goguette, pour différentes raison. Ceux qui ont accepté d'être pris en photo seront tous là. Ici, un couple qui, apprenant que nous allions voir le Cirque Rouge à Mahajenga, a demandé s'il pouvait venir. Ils vivent à quelques kilomètres, mais n'avaient jamais été le voir.

A Chroma-Ville, ville de mineurs et de chercheurs d'or au bout d'une piste infernale, il n'y a pas d'électricité. Mais certains ont un groupe électrogène (de 18 à 21 h), comme ce restaurant de fortune. La nuit tombe à 18h à Madagascar, proche de l'Équateur : à cette heure là, des ombres surgissent de l'obscurité, le téléphone portable à la main. Ils le posent sur le comptoir et disparaissent sans un mot. Le mari de la restauratrice en a des dizaines à recharger.
Si on remontait à la source d'un panier, de coussins ou de jolis tissus de murs en raphia, on trouverait forcément un palmier, le palmier à raphia. Ce sont les pelures de son tronc qui, cassées en fibres et tissées, deviennent le raphia que nous connaissons.
On ne sait finalement pas d'où viennent nos nouveaux "revêtements de sol" écolo et chic. Ceci est une plante de sisal...
L'arbre symbole de Madagascar, le Palmier-paon. Pourquoi "l'arbre du voyageur" ? Le voyageur assoiffé peut couper une de ses branches, il en coulera de l'eau.
La photo est sans doute drôle, mais pour m'être retrouvée avec mes bagages dans un pousse-pousse, parce qu'il n'y avait aucun autre moyen de locomotion à disposition à Antsirabé (connue comme "la ville des pousse-pousses) je peux certifier que j'ai éprouvé la plus profonde des hontes. C'est une sensation odieuse, quelque chose qui rappelle l'esclavage. La réaction est aujourd'hui, comme il y a cinquante ans : "Mais si vous ne les faites pas travailler, ils n'arriveront pas à gagner leur vie".